Archives mensuelles : novembre 2013

L’appel du Coucou, Robert Galbraith

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 Une nuit d’hiver, Lula Landry, célèbre mannequin anglaise, magnifique métisse à la peau dorée, est retrouvé morte, gisante dans la neige durcie une quinzaine de  mètres sous son balcon. Dans le froid mordant et sous les flashes incessants des paparazzi les enquêteurs concluent à un suicide. Qui pourrait accorder du crédit à la voisine du dessous complètement ruinée par la cocaïne, qui hurle comme une damnée qu’elle a entendu l’assassin ? L’enquête s’achève ici, Lula Landry s’est donné la mort. Cause : instabilité mentale.

 

Le Détective privé Cormoran Strike est au bout du rouleau. Vétéran de l’armée il est revenu d’Afghanistan amputé du tibia, une prothèse venant combler tant bien que mal ce vide nouveau. Ruiné, en proie à de terribles échéances, étranglé par les dettes il doit également faire face  et à une énième rupture avec Charlotte : le couple chaotique et passionnel semble lui aussi à bout de souffle. Lorsque l’agence d’intérim lui envoie une assistante qu’il n’a, bien évidemment pas les moyens de payer, le détective est comme désappointé et perdu dans une angoisse et un désespoir croissants.  Le cabinet est vide, comme à sa grande habitude. Mais l’arrivée de John Bristow vient rompre cette monotonie rituelle. Le jeune homme ingrat, laid et nerveux investit Strike d’une mission pour le moins inattendue : il lui demande d’enquêter sur la mort de sa défunte sœur Lula Landry dont il n’admet pas le suicide.  Alors que Strike semble ne pas prendre au sérieux Bristow ses premières recherches vont faire naître progressivement en lui l’étrange impression de non-dits et de tensions. Que s’est-il passé le soir où Lula a été précipitée sur le sol gelé de Mayfair ?

 

Au fil de ses rencontres Cormoran Strike esquisse les contours de chaque portrait, de toutes ces figures qui gravitent dans le monde de Lula. Les grosses fortunes comme les déshérités viennent composer l’univers du mannequin : Lula était le lien entre deux mondes qui se ressemblent bien plus qu’ils n’osent se l’imaginer. Galbraith – nommons-le ainsi – nous emmène derrière les rideaux reluisants de la mode, dans les repas huppés des femmes de producteurs ou de grands avocats, au cœur d’une famille froide et agonisante ou encore dans les bas-fonds londoniens. Il traque la moindre information, le moindre mensonge, les traces d’hésitations et la peur de parler avec en tête l’unique objectif de démasquer la personne qui se trouvait dans l’appartement de Lula quelques secondes avant qu’elle ne s’écrase sur l’asphalte hivernée.

Avis :

L’histoire est prenante, les personnages extrêmement bien mis en place dans une intrigue dont seul un Galbraith (une Rowling !) peut avoir le secret. J’aime tout particulièrement sa façon de creuser le verni de chaque personne citée et d’aborder avec sérénité toutes les tares de notre petite société. Le monde de Lula Landry est un microcosme fait de vide, d’hypocrisie et finalement de très peu d’amour. On en en vient à imaginer Lula, belle et charismatique, malheureuse et déracinée. Cormoran Strike est cynique, blasé, morne, handicapé de la vie mais quel génie ! Il nous emmène dans le sillage de sa réflexion et nous pousse à l’interrogation pour finalement nous surprendre par son verdict final. Epoustouflant !

 

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Nue, Jean-Philippe Toussaint

 Nue, Jean-Philippe Toussaint.

2013, les éditions de Minuit.toussaint

Marie est belle, Marie est sensuelle, superficielle, puérile, grandiose, naturelle, sophistiquée…Ainsi le narrateur esquisse-t-il le portrait de Marie comme s’il observait la femme à travers le kaléidoscope de ses souvenirs. Que Marie était belle vêtue de nudité l’été dernier sur l’île d’Elbe, qu’elle était inaccessible à Tokyo le jour de son vernissage, qu’elle est loin ici, à Paris. Le narrateur et Marie ont formé un couple, mais il n’en reste plus rien. Isolé et perdu dans son deux-pièces de la rue des Filles-Saint-Thomas le narrateur attend, ère entre les cartons qu’il n’a toujours pas défait. Il espère, se renfrogne, connait la frustration de l’attente, semble avoir tout perdu. Par un travail d’exploration de sa propre conscience il fait éclater en mille morceaux la linéarité du texte : le présent se superpose au passé et l’actuel trouve un écho lointain dans des scènes qu’il a déjà vécu et qui restent imprimées dans sa tête par des sons, des odeurs, des voix ou encore par la complexité des situations. Marie revient à lui pas à pas, presque silencieusement comme un oiseau tombé du nid de ses certitudes. L’histoire s’enroule à nouveau sur elle-même et le présent ressemble à nouveau au passé.

Jean-Philippe Toussaint nous offre non pas un livre mais une prouesse littéraire de taille : les tableaux se succèdent avec poésie et nous transportent aussi bien dans la tête du narrateur que dans les lieux qu’il a connu et dont il nous parle. Ce narrateur si fébrile, si incertain parvient à nous transmettre cet amour pour Marie à travers des scènes artistiques qui forcent l’admiration. Je pense notamment à la scène inaugurale où Marie présente une création absolue lors d’un défilé : une robe intégralement faite dans le miel. Brillant ! Ce roman, quatrième volet de la série Marie Madeleine Marguerite de Montalte retrace la vie et les aléas d’un couple à travers les saisons. Mais toute la force inépuisable de ce roman réside dans la faculté qu’on a à comprendre et à prendre du plaisir à lire l’œuvre sans pour autant avoir lu les trois premiers volumes. C’est sûrement en cela que Nue était pressenti pour recevoir le prix Goncourt. Qu’il lui ait échappé, glissé entre les doigts ne me fait ni chaud ni froid, ce roman est grandiose. Qu’il en soit ainsi.

Extrait :

Jusqu’à présent, quand elle travaillait sur une collection, Marie s’était toujours attachée à ce qu’elle pouvait contrôler, les détails les plus infimes, si infimes qu’il n’y a même pas de nom pour les nommer, trop infinitésimaux pour être formulés, ces détails de détail que, dans l’atelier de création, d’un oeil expert, elle repérait d’instinct sur une robe en préparation, et qu’elle corrigeait immédiatement, annotait d’une ligne d’épingles, qu’elle amendait à genoux à coups de retouches indécelables, tissus plissés, pincés entre ses doigts, piochant les aiguilles sur le coussinet de la pelote à épingles, éliminant les défauts et réglant les problèmes à mesure, échenillant sans fin, de nouvelles imperfections apparaissant à la lumière des dernières corrections effectuées, et ainsi de suite, à l’infini. Car, ce que Marie recherchait, c’était la perfection, l’excellence, l’harmonie, une certaine adéquation de la forme et du tissu, la fusion de l’oeil et de la main, du geste et du monde. La perfection, mirage illusoire, qui s’éloigne comme l’horizon et qu’on poursuit en vain, toujours inaccessible, la distance qui nous en sépare restant désespérément stable, même si les repères au sol, les repères fixes, nous indiquent que du chemin a été parcouru depuis la première ébauche, quand le projet n’était encore qu’un miroitement lointain dans les limbes vaporeux de l’esprit. Mais, dans sa quête infinie de la perfection, Marie n’avait encore jamais envisagé de travailler consciemment sur ce qui échappe. Non, elle voulait toujours tout contrôler, sans voir que ce qui lui échappait était peut-être ce qu’il y avait de plus vivant dans son travail. Car la perfection ennuie, alors que l’imprévu vivifie. La conclusion inattendue du défilé du Spiral lui fit alors prendre conscience que, dans cette dualité inhérente à la création -ce qu’on contrôle, ce qui échappe-, il est également possible d’agir sur ce qui échappe, et qu’il y a place, dans la création artistique, pour accueillir le hasard, l’involontaire, l’inconscient, le fatal et le fortuit. 

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Classé dans littérature française.

Le Chemin des âmes, Joseph Boyden.

Peu de choses pourront sauver les civilisations indiennes, Niska le sait. Les membres de sa tribu rejoignent un par un les réserves et le monde des blancs. Les blancs, se sont les gens de la ville, ceux qui sont arrivés après et qui sont devenus plus forts. Niska ne les apprécie pas particulièrement, sans pour autant leur vouer une haine sans nom. Son neveu, Xavier et le meilleur ami de ce dernier ont été enrôlés avec les autres hommes du Canada pour rejoindre la France et se battre aux côtés des troupes anglaises. Joseph Boyden nous offre ici un récit à deux voix, l’une est le chant funeste de Xavier, l’autre est la litanie de Niska. Tout le roman est basé sur cette histoire dédoublée : c’est la superposition des grands espaces libres et des champs de bataille calcinés pris par la guerre.

Lorsque le livre commence Niska vient chercher à la gare  Xavier  qui rentre de guerre. Il est traumatisé, presque sourd, amputé d’une jambe et accro à la morphine. Elle ne le reconnait plus. Pendant trois jours, à bord d’un canoë, parcourant la distance qui les sépare de chez eux ils vont se parler, parfois à mi-voix, parfois en silence.

Xavier ne parvient pas à effacer le souvenir encore trop proche de cette guerre destructrice, elle s’est greffé à lui comme un parasite, lui a pris son innocence en même temps que sa jambe droite et lui a donné un exemple dérisoire de ce que peut être l’espèce humaine. La douleur, le manque de morphine, l’ineffable et le bourdonnement continuel que lui ont laissé les obus dans les tympans s’agglomèrent autour de lui pour réduire son être à néant, pour que l’image de la mort et des luttes fratricides restent imprimées devant ses yeux. Alors Xavier ne parle pas, il pense, pleure, se remémore et nous entraîne dans les abysses du cauchemar que fut la guerre 1914-1918. Dans le sillage du silence laissé par son neveu, Niska est confrontée à son propre malaise, à ce que fut sa vie, à ses souffrances passées, ses inquiétudes. Elle contemple ses jours passées du haut de son âge avancé, c’est une vieille femme qui a connu peu à peu l’isolement à mesure que les indiens ont quitté les bois pour les réserves.

Alors que Xavier nous émeut, Niska nous dépayse et tous deux nous poussent à réfléchir sur l’homme, ses contacts difficiles, ses ambitions démesurées, son accoutumance pour le pouvoir et sa capacité à manipuler. Sur les champs de batailles on réalise à quel point l’homme civilisé est capable de plus de sauvagerie que l’homme qu’il se plaît à appeler « sauvage ». Chez les indiens Crees on ne tue un homme que si celui-ci devient dangereux pour le reste de la tribu, c’est à dire s’il devient windigo (s’il est fou, ou qu’il est pris de cannibalisme). Ce récit ne nous laisse pas indifférent, c’est un livre du déchirement. L’homme est ici arraché à ses racines, placé comme un pion dans un monde qu’il ignore et qui se permet de le toiser. Il devra apprendre bien des choses en Europe, tant de haine et tant de discours aveugles…

Je vous ai posé les premiers piliers du décors, je vous laisse apprécier ce petit extrait :

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 » Bien des jours, je suis restée cachée dans les bois, aux abords de la ville. Je n’en sors qu’au signal, pour me mettre en quête de celui que j’attends. Elle est laide, cette ville ; bien plus grande, encore, que celle qu’on appelle Moose Factory. C’est une ville où je n’étais jamais allée ; un endroit où je ne retournerai jamais. Bien trop de wemistikoshiw à mon goût, qui se promènent dans les rues poudreuses avec leurs drôles de vêtements, habillés pour le froid tandis que, sur nos têtes, éclate un soleil d’été bouillant.

Le jour, je me cache avec soin ; mais quand le cri de la chose retentit, il faut bien que je me montre. Que je marche à leurs côtés. Eux me dévisagent; me montrent du doigt; parlent de moi comme s’ils n’avaient jamais croisé l’un de mes semblables. Que voient-ils en moi ? Une vieille, toute maigre, un peu folle ; une bête indienne, tout droit sortie de sa forêt. Mes provisions s’épuisent. Bientôt, je n’aurai plus que de quoi nous ramener. J’ai commencé à tendre des collets autour de mon campement ; mais les lapins, dirait-on, craignent ces lieux tout autant que moi.

L’endroit où s’arrête la chose est une simple estrade de bois, avec un petit abri pour les jours de mauvais temps. La route qui mène là-bas est couverte de poussière. Des automobiles, comme celle que conduit le Vieux Ferguson à Moose Factory, s’y précipitent un jour sur deux, toutes en même temps. Je les ai vus verser sur la route un produit qui ressemble au pétrole des lampes; cela n’empêche pas la poussière de monter. Elle tapisse l’intérieur de mon nez, me pique les yeux. Au moins ce nuage me cache-t-il un peu, si bien qu’ils sont moins nombreux à me voir.

Là où je me rends, c’est tellement noir de suie qu’il faut que je me baigne, chaque fois que je reviens sans l’avoir trouvé. La nuit, je ne dors plus. Je me tourmente. Je crains que les mots n’aient menti ; qu’il ne vienne jamais; que je meure ici à l’attendre.

Aujourd’hui encore, j’entends le signal ; aujourd’hui encore, je les laisse arriver les premiers avant de les rejoindre.

La chose, les vieux l’appellent le traîneau de fer. Mais quand je la vois arriver, avec son sifflet qui crie, sa cheminée qui crache une fumée noire contre le ciel d’été, je n’y trouve rien qui ressemble à un traîneau. Plus effrayant que cette foule autour de moi, il y a ce grand oeil qui brille au soleil ; ce groin de fer, affairé à flairer la piste.

Trop de monde. Jamais je n’avais côtoyé tant de wemistikoshiw à la fois. Ils vont et viennent, se bousculent, s’interpellent. Moi, je regarde les épinettes, de l’autre côté de la piste les arbres, noirs de suie, courbent la tête, humiliés.

Debout à l’écart, dans l’ombre de l’abri, je regarde les gens devant moi se tendre, puis approcher de la voie quand la chose arrive, au lieu de reculer comme je l’aurais pensé. Leurs femmes ne ressemblent à rien : de longues robes qui gâchent de l’étoffe, de grands chapeaux, des boucliers bombés en toile qu’elles promènent au-dessus de leur tête. Les hommes portent des costumes – noir, marron, gris – et aux pieds, des souliers qui luisent, tellement que je me demande de quel animal peut venir le cuir. Et puis, ils ont tous un chapeau. Ces gens portent des chapeaux, en plein été. J’ai du mal à les comprendre, les wemistikoshiw.

La chose siffle comme un grand aigle, si proche maintenant que je dois me boucher les oreilles. »

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Classé dans Littérature américaine.

John Irving, Le monde selon Garp.

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Cela faisait plusieurs mois que je regardais avec envie le troisième étage de la bibliothèque de mon beau-frère. Et pour cause, l’oeuvre d’Irving y trônait en maître et son nom me faisait saliver. J’aime la littérature américaine que je trouve parfois riche et parfois crue mais toujours bouleversante et immense. Je lui ai donc subtilisé (sur son conseil « une féministe ne peut pas ne pas avoir lu cette oeuvre ») Le monde selon Garp. Soit.

La quatrième de couverture :

« Jenny Fields ne veut pas d’homme dans sa vie, mais elle désire un enfant. Ainsi naît Garp. Il grandit dans un collège où sa mère est infirmière. Puis ils décident tous deux d’écrire, et Jenny devient une icône du féminisme. Garp, heureux mari et père, vit pourtant dans la peur : dans son univers dominé par les femmes, la violence des hommes n’est jamais loin… Un livre culte, à l’imagination débridée, facétieuse satire de notre monde. « Le romancier est un médecin qui ne s’occuperait que des incurables… et nous sommes tous des incurables. » Le Monde selon Garp, partiellement autobiographique, a connu un succès mondial et a été porté à l’écran.' »

 

Mon résumé : 

Fin des années 1945, Jenny Fields refuse la société partiarcale dont les femmes sont victimes. Cette femme est touchante tout autant qu’elle est insolite et merveilleuse.

Le roman entoure la vie de Garp, il la ceint d’une manière aveugle et prenante. On suit l’évolution de petit garçon naïf qui n’hésite pas à monter sur le toit pour chasser les pigeons ; du jeune homme passionné de lutte qui découvre ses premiers émois sexuels avec la première qui passe ; du jeune adulte qui découvre sa volonté d’écrire et de parcourir le monde ; du père de famille, père au foyer mort d’angoisse pour ses enfants ; du mari adultère amateur de baby-sitters mais incapable de maîtriser sa jalousie.

Garp est un humain comme les autres, fait de milles facettes complexes et contradictoires. Il ne répond d’aucun clichés gravés dans une roche immuable.  Il n’est ni bon, ni mauvais il est Garp. Un homme qu’on a envie de baffer ou d’applaudir, c’est selon.

La vérité sur Garp, c’est qu’évoluant dans un milieu féminin et féministe le monde des homme l’effraie et le révulse. Il ressent la détresse et les souffrances de chaque femme à laquelle il est confronté : une petite fille violée, une femme battue, une lesbienne bafouée…Le monde des hommes est un puis de souffrance et de peur et Garp devient ce père anxieux, ce mari fou de jalousie, cet homme perturbé et hautain, parfois vain et perdu.

Extrait :

 » Garp s’entraînait à courir dans le parc municipal lorsqu’il rencontra la fillette, une gosse de dix ans nue comme un ver qui détalait devant lui dans l’allée cavalière. Quand elle se rendit compte qu’il allait la rattraper, elle se jeta à terre et se couvrit le visage, puis se couvrit l’entre-cuisse, puis essaya de cacher ses seins inexistants. Il faisait froid, une journée froide de fin d’automne, et Garp aperçut le sang qui souillait les cuisses de l’enfant, vit ses yeux gonflés et terrifiés. Elle hurlait, et elle hurlait à cause de lui.

–  Qu’est-ce qui t’es arrivé ? demanda-t-il, bien qu’il eût déjà compris.

Il jeta un coup d’oeil à la ronde, mais il n’y avait personne. Elle plaqua ses genoux à vif contre sa poitrine et hurla.

– Je ne vais pas te faire de mal, dit Garp. Je veux t’aider. Mais l’enfant continua à gémir de plus belle. Mon Dieu ! Mais bien sûr ! songea Garp – c’étaient probablement les mêmes mots qu’avait prononcé l’affreux satyre, et il n’y avait pas longtemps.

– De quel côté est-il parti ? Demanda Garp ; sur quoi il changea de ton, dans l’espoir de la convaincre qu’il ne lui voulait pas de mal : Si je le trouve, je le tuerai.

Avis : 

J’ai aimé Le monde selon Garp, même si j’ai mis quelques semaines à le terminer. Il est compact, certes mais aussi plus ou moins inégal. J’ai trouvé la vie de Jenny Fields et celle de Garp tout à fait passionnantes, et les réflexions existentielles justes et à propos,  mais j’ai éprouvé quelque lassitude à lire les extraits des livres écrits par Garp. J’ai trouvé La pension de Gillprazer plutôt sympathique mais ses deuxièmes et troisièmes romans n’étaient plus aussi plaisants à lire, même si je pense que c’est une tactique honorable et calculée qui permet à Irving de montrer le côté « mauvais artiste » de Garp (cf : Le second souffle du coucou)

J’ai été touché par les bonheurs et les drames qui ont touché sa vie de famille. Et j’ai particulièrement apprécié le côté humain et réaliste de ses personnages qui n’évoluent pas systématiquement comme le lecteur voudrait les voir évoluer. Bref, Le monde selon Garp est une oeuvre plaisante à lire, mais qui s’étale un peu trop. Mais lorsque l’on a achevé la lecture un goût amer de solitude et de tristesse voudrait que l’on en redemande encore. Je relirai du Irving, c’est certain.

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Classé dans Littérature américaine.

Une place à prendre. J.K Rowling

Comment aborder le sujet J. K Rowling sans évoquer Harry Potter ? Comment détacher ce nom de l’œuvre qui l’a fait mondialement connaître ? Telles étaient mes interrogations lorsque j’ai reçu le livre Une Place à Prendre. Avant de le commencer, je l’ai gardé quelques minutes fermé sur mes genoux – comme il fût de coutume pour ses autres œuvres- mais cette fois pour une raison différente : Allais-je aimer ? Arriverais-je à apprécier cette œuvre de manière objective ? Ne serais-je pas déçu de lire une histoire totalement différente d’Harry Potter ? La réponse fut nette : dès  les premières lignes du roman la baguette du soricer avait bel et bien laissé place à la plume d’un écrivain.

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Alors qu’il emmène sa femme au restaurant pour leur anniversaire de mariage, Barry Fairbrother meurt brusquement d’une rupture d’anévrisme.  A Pagford dans sa petite – et pas pour le moins calme – bourgade tout le monde s’empresse de parler de ce décès inattendu.  Après le choc, les commérages et les intérêts semblent avoir raison de la pitié et de la compassion. Le corps à peine refroidi, on pense déjà ça et là à qui le remplacera à son poste d’élu paroissial. Une campagne s’ouvre alors et les prétendants au siège sont prêts à se livrer une réelle guerre des mots. Tous les personnages sont renvoyés à leurs propres failles et aux souffrances qui les rendent parfois aigris, voire méchants. Le décès de Barry Fairbrother ouvre une brèche dans la façade calme et polissée du village et donne le départ d’une intrigue sociale riche en couleurs où tous les personnages tissent un maillage fin et serré autour du récit.

Extraits :

«  Le monde venait de s’écrouler. Tout était encore là, bien à sa place – les murs, les chaises, les dessins des enfants accrochés aux murs – mais plus rien n’avait de sens. L’univers tout entier s’était désintégré d’un seul coup, atomisé puis aussitôt reconstitué, et le visage faussement solide et permanent qu’il présentait maintenant était risible ; au moindre effleurement il volerait de nouveau en éclats ; tout était soudain inconsistant et fragile »

 

« Toute sa vie, Andrew avait vu son père s’enfermer dans un mépris satisfait à l’égard du reste du monde, transformer sa maison en forteresse imprenable où sa volonté avait force de loi et où ses humeurs faisaient la pluie et le beau temps dans le ciel familial. En grandissant, il s’était rendu compte que cet isolement n’avait rien de normal et s’était mis à en avoir un peu honte. Les parents de ses amis lui demandaient où il habitait, incapable de situer la famille Price sur la carte de Pagford ; ils posaient des questions anodines, voulaient savoir si sa mère ou son père avaient l’intention d’assister à tel ou tel événement, de participer à telle ou telle collecte de fonds. Certains se souvenaient de Ruth, la revoyant à l’époque où elle accompagnait son fils à l’école primaire et restait un moment avec les autres mères dans la cour avant le début de la classe. Elle était beaucoup plus sociable que Simon. Si elle n’avait pas épousé un tel ours, peut-être aurait-elle ressemblé à la mère de Fats, toujours occupées à déjeuner ou dîner avec des amis, toujours affairées et connectée à la vie de Pagford. »

En ce qui me concerne, j’ai adoré ce roman. Déjà parce qu’il est frais et inhabituel. Ensuite parce que  J.K Rowling – qu’on savait déjà maîtresse de l’intrigue – nous livre une fiction de laquelle on a du mal à se défaire. Une vingtaine de personnages récurrents, 680 pages … il y’a de quoi s’attacher à la petite bourgade de Pagford, à ses habitants parfois attachants, souvent repoussants…

Une Place à Prendre c’est une satire sociale bien cynique et grinçante, comme on les aime. Elle dépeint les femmes et les hommes, les déshabilles de leurs apparences jusqu’à en appercevoir le squelette de leur petitesse, jusqu’à glisser la pointe de son crayon dans les failles de chacun. L’intimité des foyers permet de se rapprocher des personnages et de lire entre les lignes les fondements de leur existence. Mais  la multitude de personnages et l’huis-clos de la ville offrent un recul bien utile à la re-contextualisation.

Vraiment, Madame Rowling, bravo.

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Classé dans Littérature anglaise

La Terre des Mensonges, Ann B. Ragde.

 

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Dans la ville de Trondheim, une vieille dame se meurt. Venus à son chevet : ses trois fils (Tor, Margido et Erlend), son mari (Le père) et son unique petite fille (Torunn). Les trois hommes ont grandi ensemble mais sont devenus totalement différents les uns des autres : Un fils resté dans les jupons de sa mère à élever des porcs, un croque-mort vieux garçon et un designer de vitrine citadin et homosexuel. Vingt ans, vingt ans que les trois frères ne s’étaient pas vu, ils ignoraient même l’existence de leur nièce et quant au père … ce n’est qu’un reflet de lui-même, une ombre qu’on croise ça est là, qui erre comme un damné dans la maison familiale.    Quand la mère rend son dernier souffle tout le monde décide de rester dans la vieille longère familiale pour remettre de l’ordre, attendre l’enterrement et aider Tor – le plus affecté- à survivre au deuil. Chaque souvenir  retrace à demis mots l’histoire de la défunte, une femme autoritaire, castratrice et méprisante. 

Chacun laisse peu à peu paraître une parcelle de ses drames personnels. Le malaise et la tension sont palpables, mélange de pitié, de haine et de sursaut de fraternité, jusqu’à ce que la fausse unité familiale ne se craquèle, se fissure et n’implose de l’intérieur comme un bonhomme de neige. C’est alors qu’ils réalisent que leur histoire familiale est tissée de mensonges et de faux semblants, que toutes leurs certitudes ne sont qu’inventions et que leur vie s’est bâtie sur les fondements d’un château de cartes.

 

extrait : 

 

 

 

« On aurait dit que tout se cachait derrière une façade de décrépitude, et pas seulement le grand salon. Les armoires à l’étage étaient garnies de nappes et de rideaux bien pliés de dessus de lit et de couvertures de laine. Tout ce qu’ils trouvèrent était plus propre et plus beau que ce qui servait. Ils découvrirent aussi un placard rempli de tapis tissés, tout neufs. Erlend en prit plein les bras, tandis qu’elle apportait les nappes qu’ils allaient essayer pour voir si elles allaient en longueur. Ils jetèrent les vieux tapis et en mirent des neufs dans toutes les pièces et ils trouvèrent des nappes en damas ivoire qui convenait pour la table. La nappe éclaircissait  la pièce, toute brillante, aux plis bien marqués. A une époque, cette Anna avait dû mener un certain train de vie. »

 

Personnellement j’ai beaucoup aimé cette oeuvre. Je mentirais si je disais que c’était un livre facile à lire, non loin de là. Il est même d’ailleurs très opaque et résistant au début. J’ai dû vraiment m’accrocher pour aller plus loin et finalement je trouve que ça en valait la peine. Je vais d’ailleurs aller acheter le plus vite possible le tome 2 ( c’est une trilogie).

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Classé dans Littérature scandinave.

Sommaire.

Etudiante en lettres modernes et édition, passionnée de littérature et d’écriture ( ça va de soi), habituée à la chronique littéraire (et pas que) sur l’ancien blog Lem0npie.canalblog.com j’ai choisi de déménager. Et me voilà ici pour partager mes avis, coups de cœur et exécrations, sur mes lectures.

Sommaire :

La Terre des mensonges, Ann B. Ragde

La ferme des Neshov, Ann B. Ragde.

Une place à Prendre, J.K Rowling.

Le monde selon Garp, John Irving.

Le chemin des âmes, Joseph Boyden.

Nue, Jean-Philippe Toussaint.

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