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Une place à prendre. J.K Rowling

Comment aborder le sujet J. K Rowling sans évoquer Harry Potter ? Comment détacher ce nom de l’œuvre qui l’a fait mondialement connaître ? Telles étaient mes interrogations lorsque j’ai reçu le livre Une Place à Prendre. Avant de le commencer, je l’ai gardé quelques minutes fermé sur mes genoux – comme il fût de coutume pour ses autres œuvres- mais cette fois pour une raison différente : Allais-je aimer ? Arriverais-je à apprécier cette œuvre de manière objective ? Ne serais-je pas déçu de lire une histoire totalement différente d’Harry Potter ? La réponse fut nette : dès  les premières lignes du roman la baguette du soricer avait bel et bien laissé place à la plume d’un écrivain.

une place à prendre

Alors qu’il emmène sa femme au restaurant pour leur anniversaire de mariage, Barry Fairbrother meurt brusquement d’une rupture d’anévrisme.  A Pagford dans sa petite – et pas pour le moins calme – bourgade tout le monde s’empresse de parler de ce décès inattendu.  Après le choc, les commérages et les intérêts semblent avoir raison de la pitié et de la compassion. Le corps à peine refroidi, on pense déjà ça et là à qui le remplacera à son poste d’élu paroissial. Une campagne s’ouvre alors et les prétendants au siège sont prêts à se livrer une réelle guerre des mots. Tous les personnages sont renvoyés à leurs propres failles et aux souffrances qui les rendent parfois aigris, voire méchants. Le décès de Barry Fairbrother ouvre une brèche dans la façade calme et polissée du village et donne le départ d’une intrigue sociale riche en couleurs où tous les personnages tissent un maillage fin et serré autour du récit.

Extraits :

«  Le monde venait de s’écrouler. Tout était encore là, bien à sa place – les murs, les chaises, les dessins des enfants accrochés aux murs – mais plus rien n’avait de sens. L’univers tout entier s’était désintégré d’un seul coup, atomisé puis aussitôt reconstitué, et le visage faussement solide et permanent qu’il présentait maintenant était risible ; au moindre effleurement il volerait de nouveau en éclats ; tout était soudain inconsistant et fragile »

 

« Toute sa vie, Andrew avait vu son père s’enfermer dans un mépris satisfait à l’égard du reste du monde, transformer sa maison en forteresse imprenable où sa volonté avait force de loi et où ses humeurs faisaient la pluie et le beau temps dans le ciel familial. En grandissant, il s’était rendu compte que cet isolement n’avait rien de normal et s’était mis à en avoir un peu honte. Les parents de ses amis lui demandaient où il habitait, incapable de situer la famille Price sur la carte de Pagford ; ils posaient des questions anodines, voulaient savoir si sa mère ou son père avaient l’intention d’assister à tel ou tel événement, de participer à telle ou telle collecte de fonds. Certains se souvenaient de Ruth, la revoyant à l’époque où elle accompagnait son fils à l’école primaire et restait un moment avec les autres mères dans la cour avant le début de la classe. Elle était beaucoup plus sociable que Simon. Si elle n’avait pas épousé un tel ours, peut-être aurait-elle ressemblé à la mère de Fats, toujours occupées à déjeuner ou dîner avec des amis, toujours affairées et connectée à la vie de Pagford. »

En ce qui me concerne, j’ai adoré ce roman. Déjà parce qu’il est frais et inhabituel. Ensuite parce que  J.K Rowling – qu’on savait déjà maîtresse de l’intrigue – nous livre une fiction de laquelle on a du mal à se défaire. Une vingtaine de personnages récurrents, 680 pages … il y’a de quoi s’attacher à la petite bourgade de Pagford, à ses habitants parfois attachants, souvent repoussants…

Une Place à Prendre c’est une satire sociale bien cynique et grinçante, comme on les aime. Elle dépeint les femmes et les hommes, les déshabilles de leurs apparences jusqu’à en appercevoir le squelette de leur petitesse, jusqu’à glisser la pointe de son crayon dans les failles de chacun. L’intimité des foyers permet de se rapprocher des personnages et de lire entre les lignes les fondements de leur existence. Mais  la multitude de personnages et l’huis-clos de la ville offrent un recul bien utile à la re-contextualisation.

Vraiment, Madame Rowling, bravo.

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