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La Terre des Mensonges, Ann B. Ragde.

 

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Dans la ville de Trondheim, une vieille dame se meurt. Venus à son chevet : ses trois fils (Tor, Margido et Erlend), son mari (Le père) et son unique petite fille (Torunn). Les trois hommes ont grandi ensemble mais sont devenus totalement différents les uns des autres : Un fils resté dans les jupons de sa mère à élever des porcs, un croque-mort vieux garçon et un designer de vitrine citadin et homosexuel. Vingt ans, vingt ans que les trois frères ne s’étaient pas vu, ils ignoraient même l’existence de leur nièce et quant au père … ce n’est qu’un reflet de lui-même, une ombre qu’on croise ça est là, qui erre comme un damné dans la maison familiale.    Quand la mère rend son dernier souffle tout le monde décide de rester dans la vieille longère familiale pour remettre de l’ordre, attendre l’enterrement et aider Tor – le plus affecté- à survivre au deuil. Chaque souvenir  retrace à demis mots l’histoire de la défunte, une femme autoritaire, castratrice et méprisante. 

Chacun laisse peu à peu paraître une parcelle de ses drames personnels. Le malaise et la tension sont palpables, mélange de pitié, de haine et de sursaut de fraternité, jusqu’à ce que la fausse unité familiale ne se craquèle, se fissure et n’implose de l’intérieur comme un bonhomme de neige. C’est alors qu’ils réalisent que leur histoire familiale est tissée de mensonges et de faux semblants, que toutes leurs certitudes ne sont qu’inventions et que leur vie s’est bâtie sur les fondements d’un château de cartes.

 

extrait : 

 

 

 

« On aurait dit que tout se cachait derrière une façade de décrépitude, et pas seulement le grand salon. Les armoires à l’étage étaient garnies de nappes et de rideaux bien pliés de dessus de lit et de couvertures de laine. Tout ce qu’ils trouvèrent était plus propre et plus beau que ce qui servait. Ils découvrirent aussi un placard rempli de tapis tissés, tout neufs. Erlend en prit plein les bras, tandis qu’elle apportait les nappes qu’ils allaient essayer pour voir si elles allaient en longueur. Ils jetèrent les vieux tapis et en mirent des neufs dans toutes les pièces et ils trouvèrent des nappes en damas ivoire qui convenait pour la table. La nappe éclaircissait  la pièce, toute brillante, aux plis bien marqués. A une époque, cette Anna avait dû mener un certain train de vie. »

 

Personnellement j’ai beaucoup aimé cette oeuvre. Je mentirais si je disais que c’était un livre facile à lire, non loin de là. Il est même d’ailleurs très opaque et résistant au début. J’ai dû vraiment m’accrocher pour aller plus loin et finalement je trouve que ça en valait la peine. Je vais d’ailleurs aller acheter le plus vite possible le tome 2 ( c’est une trilogie).

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La ferme des Neshov

Je vous avais parlé, la semaine dernière, de la Terre des Mensonges, premier volume de la trilogie familiale d’Anne B. Ragde. Quelques heures après avoir achevé le premier tome je me suis précipitée au Furet du Nord pour acheter le suite : bluffant... Je l’ai presque lu d’une traite. Si le premier met un peu de temps à démarrer pour le deuxième on entre immédiatement dans le roman et c’est avec plaisir que l’on retrouve les personnages du premier volume.

la ferme des neshov

L’action commence quelques jours après la fin du livre 1. Chacun quitte la ferme familiale pour retrouver sa vie, Margido continuera son métier de Croque-mort et sa vie de vieux garçon, Erlend repart à Copenhague retrouver le confort d’une vie luxueuse, et Torunn regagne à Oslo dans une vie citadine et tortueuse….quant à Tor, il reste à la ferme, élever ses procs.  Si chacun repart de son côté ces retrouvailles ne les ont pas pour autant laissés indifférents  : ils ont tous changé. Ils sont trouvé une famille dont le noyau leur semblait sans valeur, presque inexistant. Margido profitera de ses instants de calme après la tempête pour repenser sa foi, sa croyance et reconsidérer son jugement envers certaines personnes qui l’entourent (les femmes séductrices et son frère, homosexuel). Erlend est confronté au désir d’enfant de Krumme, son compagnon, ce qu’il prend d’abord pour un manque à combler dans vie imparfaite se transforme en déclaration d’amour et de solidité. Torunn doit, de son côté, faire face à une mère en dépression et à un père (Tor) qui ne sait vivre que dans l’assistanat… Tor, resté à la ferme, peste contre tout le monde. Celui qui ne savait que vivre dans les jupons de sa marâtre, se sent seul et desemparé dans un monde où tout le monde serait contre lui .

. Chacun devra faire un choix de taille, un choix qui determinera à jamais le reste de leur vie (avoir un enfant ou reprendre une exploitation agricole au bord de la faillite) ….

extrait :

Ils se turent. Il vida sa tasse, elle était minuscule. Sans rien demander, Erlend se leva et en fit une autre. Il prit une inspiration, et sentit aussitôt son coeur battre plus vite maintenant qu’il s’était décidé :

– Je voudrais te demander pardon, Erlend, dit-il

– Pourquoi ?

Pendant une fraction de seconde, Margido craignit qu’Erlend pense qu’il s’excusait pour le coup de fil de la Sainy-Sylvestre, il aurait dû s’exprimer autrement. Il s’empressa d’ajouter :

-Pour la manière dont tu as été traité dans la famille. Je comprends bien que tu puisses être amer et en vouloir à … oui, aussi bien à Tor qu’à moi et à maman.

A ce point là de la conversation, il aurait djéà souhaité qu’elle soit terminée, qu’il puisse s’allonger quelque part, fermer les yeux e sachant que c’était fini.

– Je ne suis pas amer, dit Erlend.

Il posa une nouvelle tasse pleine devant lui, croisa son regard.

– Non, pas du tout, continua-t-il. J’étais découragé et je vous plaignais. Mais le jour où j’ai quitté la Neshov, j’étais furieux. Je ne supportais plus d’être piétiné. Furieux, déçu et déchaîné, mais pas amer. Il n’y avait pas que vous à la ferme, il y’avait tout le monde. Tout…tout Bynes, tout Trondheim. Il s’en est passé des choses, en vingt ans, mais quand…

– Oui, il s’est passé beaucoup de choses

– Quand tu m’as appelé le soit de la Saint-Sylvestre… »

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